Tems – Love Is a Kingdom
Avec Love Is a Kingdom, Tems ne sort pas un simple EP : elle ouvre une frontière nouvelle, un territoire émotionnel où chaque sentiment devient une province, chaque souvenir une capitale et chaque rupture un changement de régime. Ce projet ressemble moins à une collection de chansons qu’à une carte géopolitique de l’intime, un royaume fragile construit sur des ruines que seule sa voix sait transformer en cathédrales. Là où beaucoup chantent l’amour comme un refuge, Tems l’aborde comme un espace de souveraineté intérieure : un lieu où l’on règne d’abord sur soi-même avant d’aimer quelqu’un d’autre. Son écriture a le goût d’une prophétie chuchotée, comme si elle murmure à l’oreille d’une version plus ancienne d’elle-même pour lui apprendre à redevenir entière. Elle utilise la douceur non pas comme un effet, mais comme une arme silencieuse : un moyen de pousser l’émotion dans ses derniers retranchements sans jamais hausser le ton.
À travers ce royaume, Tems trace un itinéraire initiatique :
- les doutes deviennent des murailles qu’elle franchit,
- les amours manqués ressemblent à des palais abandonnés,
- les certitudes sont des bannières qu’elle plante au milieu d’un désert affectif,
- et la renaissance qui clôt le projet ressemble à une couronne forgée dans la lumière.
Musicalement, elle dépouille tout le superflu pour laisser le vide respirer : entre les battements, on entend ses hésitations, ses pardons, ses renoncements. Le minimalisme n’est pas une esthétique — c’est la façon dont elle construit son royaume : pierre après pierre, silence après silence.
Love Is a Kingdom est ainsi un territoire intime réservé à celles et ceux qui acceptent de déposer les armes. Il ne s’agit pas d’aimer plus fort, mais d’aimer plus juste. Pas de protéger un trône, mais de préserver une vérité intérieure.
En secret, Tems signe peut-être ici sa plus grande déclaration :
l’amour n’est pas un lieu où l’on habite — c’est un royaume qu’on porte en soi.


